“Il peut lâcher prise, il y a une ambiance de fou”… La vie américaine a façonné la nouvelle star Léon Marchand

Il était un peu plus de 10 heures mercredi matin, et le soleil tapait déjà à Tempe : 33°C dans cette ville de banlieue de Phénix (Arizona). Et la température est montée d’un cran dans les bureaux du Mona Plummer Aquatic Center quand le visage de Léon Marchand est apparu au départ du 200 m quatre nages aux Mondiaux de Budapest. Arrivé il y a un peu moins d’un an à l’Arizona State University (ASU), le Français, vainqueur son deuxième titre et sa troisième médaille en autant de courses, portait les couleurs des Sun Devils en Hongrie.

Licenciée à Toulouse, la nouvelle star de la natation française a pris le temps pendant le confinement de découvrir comment intégrer une prestigieuse université américaine. Et donc le choix s’est porté sur ASU et Bob Bowmanl’ancien entraîneur de Michael Phelps. Il y a pire comme référence. « C’est un projet [aller aux Etats-Unis] qu’il avait depuis longtemps, car son père y était déjà allé s’entraîner”, explique son entraîneur, Nicolas Castel. Et c’est ainsi que le jeune de 19 ans a atterri sous le cagnard d’Arizona.

Des débuts un peu compliqués

« Ça lui a fait du bien d’y aller, renchérit Thomas Sammut, son entraîneur mental pendant deux ans. Pendant dix-neuf ans, il a vécu dans le cocon familial et c’était le bon moment pour lui de voler de ses propres ailes. Mais il devait sentir qu’il pouvait compter sur lui-même. C’est pourquoi les trois premiers mois après son arrivée aux États-Unis, on ne s’est presque pas parlé, si bien qu’il a découvert par lui-même ce nouvel environnement. Les débuts n’ont pas été faciles. Son ancien colocataire et partenaire d’entraînement, Christian Osterndorf, nous raconte :

« Il était un peu gêné parce qu’il ne parlait pas anglais aussi bien que tout le monde. Mais il s’est adapté assez vite et nous l’avons aidé à se sentir bien dans le groupe. »

Il fallait donc aussi rentrer dans le rythme des entraînements plus avancés et plus matinaux. « Les entraînements commencent à 6h du matin, jusqu’à 7h30, nous a précisé Marchand. avant les Mondiaux. Ensuite on fait une petite sieste, puis des cours – généralement de 10h à 12h ou 13h – et des entraînements l’après-midi de 14h à 16h. Ensuite on est tranquille, même si on a souvent des devoirs à faire. On se couche très tôt et on se lève très tôt. »

“Le système américain est meilleur que le nôtre”

Au total, Léon Marchand doit suivre neuf séances d’entraînement dans la semaine, dont trois de musculation, au Mona Plummer Aquatic Center, l’un des centres aquatiques les plus renommés du pays. Avec sa tribune pouvant accueillir 2 000 personnes et sa piscine olympique, en plus de deux autres piscines, l’infrastructure est idéale pour accueillir la jeunesse dorée venue de tout le pays, mais aussi de France, de Suisse ou d’Irlande.

« Il a tout au même endroit, note Michel Coloma, directeur technique du club des Dauphins de Toulouse. Ici, ça va de droite à gauche, c’est un peu compliqué. Nous faisons tout pour le mettre dans de bonnes conditions, mais le système américain est meilleur que le nôtre. Lorsque vous avez les outils pour travailler avec des infrastructures de haut niveau, c’est plus facile à réaliser. »

A son arrivée, Léon Marchand logeait dans un dortoir oh sois ton campus, traitement réservé à tous les étudiants de première année à ASU (étudiant de première année). « Nous habitions tout près de la piscine, à quelques minutes à pied, développe Christian Osterndorf. L’année prochaine, il habitera une maison un peu plus loin avec d’autres membres de l’équipe. »

Des compétitions universitaires où il s’amuse

Très proche de ses amis des Sun Devils, Léon Marchand a su développer cet esprit d’équipe lors des différents championnats universitaires, le pac-12 et le NCAA. “Ça crée une bonne dynamique de groupe”, assure son entraîneur. Ils s’entraînent dans le but d’avoir le meilleur classement pour leur université. Dans la motivation des athlètes, c’est quelque chose d’intéressant. »

« Cela contribue à son développement, ajoute Thomas Sammut. Il peut lâcher prise, il y a une ambiance de folie. Tous les nageurs de retour des États-Unis ont le même retour. On s’ennuie en France… Ce serait bien de s’inspirer de ce qui se fait là-bas. Franchement, il s’éclate. Il côtoie de grands nageurs, et c’est aussi comme ça qu’il a pu se comparer aux autres. »

“C’est un gars sympa”

A la sortie des bassins Léon Marchand, considéré par son entraîneur comme “un très bon élève avec de bons résultats”, peut profiter de l’excellence gastronomique qui entoure le Centre Aquatique Mona Plummer : ici un bar à vins, là un restaurant spécialisé dans les frites, dans le coin, une chaîne de restos barbecue… Bref, tout pour ravir les milliers d’étudiants de l’ASU (environ 100 000, soit plus de la moitié de la ville), mais pas forcément les sportifs de haut niveau.

« De toute façon, Léon s’intéresse beaucoup à la musique, mais surtout à être avec ses amis, assure Osterndorf. C’est un gars sympa qui prend soin de tout le monde, il est amusant à côtoyer dans la vie de tous les jours. Nous passons beaucoup de temps avec le groupe. Et nous allons parfois voir des matchs de l’équipe de football américaine et de basket-ball universitaire. »

D’autant que le Sun Devil Stadium (football américain, 53 000 places) et la Wells Fargo Arena (basket, 17 000 places) sont proches de la piscine. Il pourrait s’y rencontrer James Durcir, l’autre légende sortie d’ASU. Car oui, vu de France, on peut désormais mettre Léon Marchand, qui devient à 20 ans le troisième nageur français de l’histoire à remporter deux titres mondiaux la même année après Laure Manaudou (2007) et Florent Manaudou (2015), au rang de légende.

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